Félix LABISSE

Fortune critique

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« […] Dans un sabbat d’enfer, une femme rouge et verte offre sa lubricité à des démons rieurs. Magie noire, sorcellerie et les vieux mystères des Flandres. […] Voyages très lointains aux îles méconnues ; sur des bandes de sable fin, trois dieux immobiles, dans la plus pure extase de leur propre pensée. C’est ici que les hommes de la vieille Europe triste, sont venus voler des symboles nouveaux. Une idole impassible dans le trouble des chiffres, regarde immobile notre mélancolie. […]»

              Henry Van Vyve, préface au catalogue de l’exposition Labisse, Galerie d’Art Moderne, Ostende, 1928.

 

 « […] Peintre extraordinaire, vos accents déchirants déforment des femelles dominées par l’effroi, longues amoureuses minables aux doigts interminables, […], femmes collantes, gommeuses, arabiques des écoles périmées. Rosières comestibles assassines désorbitées des fortifs déclassés, iroquoises batailleuses.  

Et des peintres goulus, arachnéens avides de proies, hurlent à l’unisson et de concert : «Gare à toi, Félix, oiseau bleu, papillon téméraire, tu as frôlé nos toiles bien tendues, enduites de saccharine et tissées de fil frais».

Je vous salue, Félix, plein de grâce […] ». 

           James Ensor, Catalogue de l’exposition P. H. Bayaux, Buck, A. Courmes, F. Labisse, Vadime Androusow, Galerie La Boussole, Anvers, 1930.

 

«Ostende est androgyne, femelle du côté des eaux, mâle du côté des plaines, angélique du côté des nuages. Peignez votre ville adoptive, Labisse…».

           Michel de Ghelderode, «Harmonies Ostendaises», Tribord numéro 8, 1931.

 

« […] On dit encore « Peuh ! c’est surtout un décorateur ! » Et après ? Les cabarets de nuit des Champs-Elysées et d’Ostende n’ont donc pas droit à des décors qui brûlent comme l’alcool dans le sang, qui rient comme le champagne dans les têtes ? […] »

           Henri Vandeputte, préface au catalogue de l’exposition Labisse, Palais des Beaux-Arts, Bruxelles, 1938.

 

[...] Félix Labisse expose et je ferme les yeux sur sa nuit pour mieux retrouver au fond de moi les étincelles qu’il a allumées. Cela participe de la magie, de l’incantation, des vases communicants. C’est beau, de la beauté inconditionnée que nous avons cherché chez Rimbaud et Lautréamont. Cela vous saisit ou vous ensorcelle. [...] Et cette découverte me fait penser à la fameuse phrase de Breton : «Et qu’un jour, nous puissions découvrir une épave sur le sable où nous sommes sûrs que la veille il n’y avait rien». Il n’y avait rien et Labisse a organisé d’admirables floraisons impossibles à notre usage le plus personnel. [...]».    

              Robert Goffin, in Le Rouge et le Noir, Bruxelles, 1938.

 

« Labisse après avoir illustré le monde, le découvre dans sa merveilleuse réalité, cette réalité incluse dans toute idée valable de surréalisme, cette réalité qui ne signifie pas soumission aux formes extérieures, mais possession de la matière et victoire sur elle. [...]

Je me refuserai, pour ma part, à oublier ces créatures frénétiques aux chevelures emmêlées, aux veines ordonnées en arbustes florissants, ces monstres séduisants qui appellent la caresse et la morsure, ces rois échoués sur des plages vierges, ces arbres battus par les marées, ces oiseaux assemblés dans des volières sans grillages, ces glaces miraculeuses, ces maisons illimitées, cette géographie d’un pays sur lequel plane un ciel pétri d’orages, de simulacres et de prestiges.

Dans cette description précise d’un monde aussi possible qu’imaginaire, il y a, présente et bien réelle, une atmosphère dont le spectateur ne saurait se lasser, qu’il ne saurait oublier. Disons, si l’on veut, que c’est la poésie qui s’interpose entre notre oeil et ces riches couleurs luxueusement assemblées, que c’est elle qui guide la main qui les étend, que c’est elle encore qui transmute en personnages ces rochers engrossés par les esprits de la terre.»

              Robert Desnos, Félix Labisse, 1943.

 

« […] Et il montre de belles images

Délicatement ensanglantées […]

Et un coup de rouge pour Labisse

Nous le boirons à sa santé

Et un coup de clairon pour les autres

Tous les autres à qui ça plait. »

              Jacques Prévert, Chanson pour Labisse, 1945. 

 

«... Il est poète. C’est à la poésie qu’il demande de résoudre les problèmes qu’il rencontre et provoque. C’est avec la poésie qu’il peint. [...] Il n’est pas étonnant que, poète, Labisse ait le pinceau amoureux, les couleurs amoureuses, et peigne l’amour. […] Labisse rêve. Il rêve en public. [...] C’est un montreur de femmes à tête de léopard, si vous voulez. [...] Et soyez sur vos gardes, tandis que vous vous éprenez de cette femme aux gants de caoutchouc vivant, décapitée par un orage noir, de roman noir, léchée par l’incendie de la forêt, car de la forêt sort une lézarde à tête d’amoureuse, qui est cruelle et qui va vous aimer terriblement, comme toutes les femmes. N’entrez surtout pas dans le labyrinthe pour vous sauver, car c’est un labyrinthe truqué. Il est faux en tant que labyrinthe, il ne répond pas à la conception classique du labyrinthe : c’est la vie. La lézarde à tête d’amoureuse vous a tué, mais derrière les portes du labyrinthe, d’autres lézardes, qui ont de jolies jambes, diaboliquement gainées – vous guettent. N’entrez pas dans le labyrinthe de Labisse pour vous protéger des femmes qu’il a chargées de vous aimer, car ce n’est pas le labyrinthe de Labisse, c’est le labyrinthe où vous vivez, c’est le labyrinthe de Labisse comme c’est le vôtre […]. Vous n’en croyez d’ailleurs pas vos yeux. Vous dites que Labisse triche. « Il y a maldonne ! Où suis-je ? ». Consolez-vous : il y avait tellement de lézardes que le labyrinthe a craqué, vous voici parmi les pierres […] en compagnie d’un « démon mesquin » qui s’appuie sur un arbre. […] »

              Christian Dotremont, Labisse, 1946.

  

«[…] F. L. a plus de quarante ans et il est un créateur qui ne cesse pas d’évoquer ce qu’on croyait perdu. La peinture n’est plus esclave d’elle-même. L. a réussi à rompre certains liens et avec une étrange facilité. Il sait ce qu’il ne veut pas, ce qu’il craint. Il a reconnu ce qui demeure valable. C’est parfois un retour vers le passé, parfois une certitude de l’avenir.

Je suis très satisfait de cette visite, de cette rencontre avec un peintre vivant qui n’est pas perdu dans l’esthétisme ni figé par contentement de soi.»

              Philippe Soupault, Journal d’un fantôme, 7 mars 1946.

 

« […] Mes aspects sont variés j’ai du poil j’ai des plumes

Et l’écorce d’un arbre augmente ma peau brune

J’ai de la terre au creux de ma faim je me love

Comme un fleuve sans eau où les baigneurs se noient 

[…]

J’ai des griffes des crocs j’ai des lèvres d’écaille

Et des lèvres de soie et de miel et de glu

Pour enrober l’azur et sa salive fade […]»

              Paul Eluard, « l’abc de la récitante », « à Félix Labisse », 1947.

         

 « Labisse

Il peint avec du sang, il caresse la peinture, elle vous déshabille. Parfois la manifestation l’emporte : L’évasion manquée, photographie de l’idéalisme. Souvent le plaisir.

Il est sournois, c’est le Machiavel de l’érotisme. Les cagoules, les gants, les bas.

Et comme me l’écrit Arnaud, c’est le type du surréaliste-révolutionnaire. » 

              Christian Dotremont, bulletin international du Surréalisme révolutionnaire, janvier 1948.  

 

« Labisse élabore ses alchimies dans le décor le plus surprenant qu’il ait jamais conçu. Labisse y a en effet accumulé les objets les plus étranges et un mannequin de cire, une femme aux longs cheveux d’ébène et qui porte un loup de velours... Sur les meubles, tapissés de photographies étranges, sont semés des coquillages aux couleurs féeriques. »

              Max Favalelli, Labisse, C’est Paris, 1950.

 

«[…] Félix aime et craint la Femme. La Femme est terrible, la Femme est secrète. Elle est douce aussi et triste comme cette Bérénice, avec sa pauvre gueule de Chien. La Femme est insecte, comme la mante religieuse ; elle donne la vie et la retire ; elle est cet ange du matin au doucereux sourire qui ne dit rien de bon. […]» 

              Lise Deharme, Félix Labisse, 1953.

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